Gian Piero de Bellis

Le rassemblement de Saint-Imier (19-23 juillet 2023)
Partie II : Les anarcho-étatistes

(2023)

 



Note

Réflexion critique personnelle sur le rassemblement de Saint-Imier (19-23 juillet 2023)

 


 

Le rassemblement de Saint-Imier (19-23 juillet 2023) [voir Partie I] a montré très clairement à tous ceux qui ont des yeux pour voir et des oreilles pour écouter que l'actuel mouvement dit anarchiste est dominé par une composante vociférante qui n'a rien à voir avec la pensée et l'action des anti-autoritaires. Leurs représentants pourraient très bien être appelés anarchistes d'État ou anarcho-étatistes. Ils sont en totale dissonance avec les anarchistes classiques (Proudhon, Bakounine, Kropotkine, etc.) et avec des figures non autoritaires (Thoreau, Tolstoï, etc.).

Dans ce court texte, nous soulignons très brièvement les principaux traits qui caractérisent les anarcho-étatistes. Ils sont :

  • Contre la loi naturelle. En 1882, Lysander Spooner a écrit un pamphlet portant le titre Natural Law et le long sous-titre : Traité de la loi naturelle, de la justice naturelle, des droits naturels, de la liberté naturelle et de la société naturelle, démontrant que toute législation est une absurdité, une usurpation et un crime. Pour les anarchistes classiques, être contre la loi naturelle signifie être pour la loi de l'État ou pour les lois introduites par un groupe de personnes puissantes en vue de contrôler et d'exploiter tous les autres.

  • Pour la souveraineté territoriale monopolistique. La caractérisation la plus célèbre de l'État est celle de Max Weber : "un État est une communauté humaine qui revendique (avec succès) le monopole de l'usage légitime de la force physique sur un territoire donné." (La politique comme vocation, 1918). La souveraineté territoriale monopolistique est donc la marque d'un pouvoir autoritaire, quel que soit le nom qu'il se donne (même lorsqu'il s'appelle commune anarchiste ou municipalité anarchiste). Dépasser le territorialisme (souveraineté monopolistique) est un passage obligé vers la libération et pas du tout un rêve utopique comme prétendent les anarchistes d'État.

  • Pour la fiscalité de l'État. L'impôt sur le revenu a été introduit à l'époque moderne pour financer les guerres. En général, les impôts sont le moyen par lequel l'État maintient un énorme appareil en vue de la répression (armée, police, système judiciaire) et de la manipulation (médias, protection sociale) des citoyens. Une grande partie de l'argent va également aux couches protégées privilégiées (capitalisme de connivence, haute bureaucratie, politiciens). Ainsi, être en faveur de la taxation de l'État équivaut à être explicitement en faveur du maintien et de la permanence de l'État.

  • Pour l'État-providence. Les anarcho-étatistes adorent l'État, en particulier sous son apparence manipulatrice d'État-providence. Ils sont tous en faveur d'un revenu de base qui, par ailleurs, fait partie du programme de tous les États industrialisés. En fait, l'introduction du revenu de base universel est un outil étatique nécessaire pour avoir des consommateurs obéissants et dociles de biens produits par l'automatisation et la robotique. En substance, les anarchistes d'État veulent remplacer l'entraide, principe de base de la conception anarchiste, par l'aide d'État, une astuce de manipulation inventée par les conservateurs au 19ème siècle.

  • Contre les échanges libres. Les échanges libres sont totalement exclus de l'agenda des anarchistes d'Etat dans leur frénésie de contrôle de toute activité humaine. Selon l'historien Ferdinand Braudel, « sans échange, pas de société. » Les anarchistes d'Etat ne s'intéressent pas du tout à la société mais seulement à leur "Etat anarchiste".

  • Pour l'économie du don. Le type d'économie qui devrait remplacer les échanges libres est appelé, par les anarchistes d'Etat, l'économie du don. Cela serait une proposition très intéressante si les anarchistes d'État, dont la plupart sont des assistés ou des parasites ou semi-parasites de l'État (travailleurs sociaux), avaient quelque chose de valable à offrir. Leur économie du don est en réalité une économie de la prise. Et de fait, ils ne manquent aucune occasion de profiter gratuitement des autres, voire de les voler sous prétexte que "la propriété, c'est le vol". Ils ignorent que l'auteur de cette phrase, pour montrer la complexité du thème, déclarait dans un autre de ses écrits que "la propriété, c'est la liberté".

  • Pour la monnaie légale de l'État. Pour maintenir l'État-providence, il est nécessaire que l'État contrôle l'émission de la monnaie. Les anarchistes d'État sont totalement opposés non seulement à toutes les crypto-monnaies (certaines d'entre elles sont des véritables escroqueries), mais aussi à l'introduction de tout moyen d'échange possible, alternatif à la monnaie légale d'État. De cette manière, ils confirment et soutiennent le pouvoir économique de l'État sur tous les citoyens.

  • Contre la technologie. Les anarchistes d'État, tout en utilisant les derniers gadgets offerts par la technologie, tiennent à parler contre la technologie et en faveur d'une sorte de vie primitive qu'ils prennent soin d'éviter à tout prix dans le monde occidental aisé où ils vivent. L'hypocrisie au plus haut niveau.

  • Contre les prisonniers politiques. Dans un texte écrit avant le rassemblement de Saint-Imier, les anarchistes d'Etat se moquent de Julian Assange et de Ross Ulbricht (deux prisonniers politiques bien connus) en disant qu'ils méritent d'être en prison. Ce faisant, les anarchistes d'Etat ont atteint le sommet de leur malhonnêteté et de leur dépravation.

  • Contre la liberté de religion. Les anarchistes d'État sont contre la tolérance religieuse et voudraient effacer du mouvement la composante des anarchistes religieux. Avec leur violente position anti-religieuse, ils rejoignent les fascistes, les nazis, les bolcheviks et tous les étatistes enragés du passé. Leur but, hier comme aujourd'hui, est de supprimer toute trace et toute forme de spiritualité et de la remplacer par leur dogme matérialiste (voir Gerald Brenan).

  • Pour les lois Covid et les vaccinations obligatoires. Sous le prétexte fallacieux de protéger la santé des personnes vulnérables, les anarchistes d'État sont favorables aux lois Covid qui ont restreint la liberté de chacun et ont contraint des millions de personnes à se faire vacciner. L'État chinois semble être le modèle à suivre pour les anarcho-étatistes.

  • Pour Big Pharma. Être en faveur de la vaccination obligatoire, c'est être en faveur de Big Pharma qui a gagné des millions en vendant un vaccin qui ne protégeait personne, ni ceux qui l'ont reçu (contre-effets), ni les personnes avec lesquelles ils étaient en contact. Dans ce cas, comme dans d'autres, les anarchistes d'État sont les meilleurs partisans de ce que l'on appelle le capital-étatisme (capitalisme de copinage d'État).

  • Pour le nationalisme et le patriotisme. La récente guerre en Ukraine a rendu visible une nouvelle flambé de sentiments nationalistes et patriotiques qui n'ont pas épargné les anarchistes d'État. Ceci est en contraste total avec les principes de base de la conception anarchiste qui affirment que les anarchistes n'ont pas de patrie.

  • Pour le sionisme et l'Etat d'Israël. Les anarchistes d'État assimilent le fait d'être contre le sionisme à celui d'être antisémite. Ce faisant, ils sont les plus fervents défenseurs de l'État d'Israël, un État que même de nombreux rabbins réprouvent et abhorrent, comme en témoignent les nombreuses vidéos et prises de position qui circulent sur le Web. 

  • Pour la CIA et l'OTAN. En s'attaquant à la diffusion d'une vidéo dans laquelle le fils de Robert Kennedy accuse la CIA d'être derrière l'assassinat de son père, les anarchistes d'Etat se révèlent, indirectement, être du côté de la CIA. De plus, en critiquant l'acronyme NATO=North Atlantic Terrorist Organisation, ils se présentent clairement comme des sympathisants de l'OTAN.

D'autres aspects généraux qui caractérisent les anarcho-étatistes sont le fait que :

- ils méprisent la connaissance et exaltent l'ignorance. Pour eux est valable et s'applique le slogan de Big Brother: "L'ignorance est une force". Ils ne sont pas du tout intéressés par la lecture, la traduction, la diffusion des écrits des anarchistes classiques et par la conception de nouvelles formes de pratiques non autoritaires. Participer à des manifestations ou à des kermesses, comme celle de 2023 à Saint-Imier, semblent être les seules choses qui les attirent.

- ils ont remplacé l'opposition à l'État par une simple opposition au capitalisme. En fait, ils considèrent l'État comme un contrepoids positif au capitalisme. Ce faisant, ils ne sont rien d'autre que des nouveaux sociaux-démocrates. Pour eux, comme m’a confessé un soi-disant anarchiste, "l'État n'est pas si mauvais".

- ils focalisen leur attention sur des nouvelles modes, fabriquées principalement aux États-Unis, comme le thème du genre, et, pratiquement, mettent de côté les luttes classiques contre l'autoritarisme et l'exploitation dont l'État, en tant qu'organisation criminelle, est le principal auteur et garant.

- ils pratiquent la censure contre les idées qu'ils n'approuvent pas et la violence contre les personnes qu'ils n'aiment pas. Pour eux, le principe de non-agression n'a aucune valeur. Leur modèle pourrait être certains anarcho-collectivistes de la guerre civile espagnole qui, alliés aux communistes, ont tué en moins de 3 ans environ 7000 prêtres et religieuses, un nombre supérieur à ceux exécutés par l'Inquisition espagnole en 3 siècles.

Sur la base de tous ces faits on peut affirmer que les anarchistes d'État, ayant remplacé les socialistes d'État, sont actuellement les nouveaux piliers de tous les États en décomposition. Comme nous l'avons déjà souligné, beaucoup d'entre eux travaillent pour l'État (enseignants, travailleurs sociaux, etc.) ou sont des bénéficiaires de l'aide sociale de l'État. Pour cette raison, ils ne veulent pas être filmés, ni même que leur voix soit enregistrée, de peur d'être reconnus et, peut-être, licenciés. Ils utilisent des pseudonymes (Dodo, Bibi, Zazà, etc.), de sorte que l'on ne sait jamais si derrière le pseudonyme se cache un policier, un ordinateur ou un être humain.

Le rassemblement de Saint-Imier de juillet 2023 a révélé tout cela de la manière la plus claire. On pourrait y voir un festival punk-folk ou une kermesse LGBT, dont les participants les plus véhéments n'ont rien à voir avec la pensée et la pratique non-autoritaires.

Pour toutes ces raisons, les non-autoritaires devraient chercher leur inspiration ailleurs, à savoir dans la pensée anarchiste classique et non dans le bavardage anarcho-étatiste actuel.

Et ils devraient retrouver en eux la volonté et la force de vaincre l'État Big Brother, une entité mafieuse qui n'est capable que de mener des guerres, d'exploiter les individus et de rendre la vie de trop de gens "pauvre, méchante et brutale".
Plus que jamais, nous avons besoin d'une

ANARCHIE SANS ANARCHISTES

 


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